En septembre, à Kaolack, deux ateliers de menuiserie métallique du quartier de Ndorong sont restés fermés faute d'électricité. Le président de la coopérative d'artisans qui les gère l'a expliqué à la presse : des commandes déjà payées attendaient d'être livrées, et la confiance des clients en prenait un coup. Dans la même ville, le responsable du réseau des artisans a signalé autre chose, de plus grave encore : du matériel tombé en panne après des coupures suivies d'un retour brutal du courant.
Ce n'étaient pas des machines CNC. Mais si un atelier de soudure souffre à ce point, imaginez une machine à commande numérique qui s'arrête au milieu d'une découpe de deux heures.
En 7 ans de CNC, j'ai vu beaucoup de machines s'arrêter. Rarement à cause de la machine. Très souvent à cause de l'électricité, ou de ce qu'on n'avait pas prévu avant de l'acheter.
Un problème africain
En Afrique, les coupures d'électricité ne sont pas un accident : elles font partie du quotidien des ateliers et des entreprises. Une étude du Center for Global Development sur l'Afrique subsaharienne a montré que certaines entreprises perdent jusqu'à 31 % de leurs ventes à cause des coupures, et que les plus touchées restent plus de 200 heures par mois sans courant. Pour un atelier qui travaille avec des machines électriques, chaque heure sans courant est une heure sans production.
L'exemple du Sénégal : les délestages reviennent
Au Sénégal, on pensait les coupures derrière nous. En 2024, le nombre de délestages (les coupures organisées par la Senelec quand la production ne suffit pas) était tombé à 312, contre 511 en 2023. Puis, en août et septembre 2026, elles sont revenues : la demande a atteint 1 400 mégawatts au moment de pointe, alors que 1 250 étaient prévus, soit un déficit d'environ 150 mégawatts selon le SUTELEC, le syndicat des travailleurs de l'électricité. Dans certains quartiers, les habitants ont compté jusqu'à six coupures dans la même journée.
Mi-octobre, la situation est revenue à la normale. Tant mieux. Mais la chaleur, les pannes de centrales et les problèmes de carburant reviennent presque chaque année, au Sénégal comme ailleurs en Afrique. La question n'est donc pas « y aura-t-il une coupure ? », mais « que se passera-t-il quand elle arrivera ? ».
Ce qui se passe quand le courant coupe en plein travail
Le travail ne reprend pas au bon endroit. Une machine CNC suit un programme ligne par ligne. Quand le courant coupe, elle s'arrête net et, sans réglage adapté, elle ne sait plus exactement où elle en était. Résultat : on relance tout depuis le début, ou on jette la pièce. Sur une porte gravée ou une grande découpe, ce sont des heures de travail et un panneau entier perdus.
Le matériau est perdu. Un panneau de bois, une plaque d'acrylique, une peau de cuir à moitié découpés ne se récupèrent presque jamais. Le prix de la matière, lui, est déjà payé.
Le retour du courant est le vrai danger. C'est exactement ce que décrivaient les artisans de Kaolack. Quand l'électricité revient d'un coup, avec des variations de tension, ce sont les composants électroniques qui souffrent : la carte de commande, l'alimentation, les cartes des moteurs. Une panne de carte, c'est souvent des semaines d'arrêt si la pièce doit venir de loin.
Les équipements autour de la machine. Sur un laser CO2, le refroidisseur à eau protège le tube. Si le laser et son refroidisseur ne redémarrent pas correctement ensemble, c'est le tube qui paie. Et le tube est l'une des pièces les plus chères de la machine.
Une coupure de cinq secondes peut coûter une journée de travail. Un retour de courant mal géré peut coûter la machine.
L'erreur de l'achat en ligne : ne regarder que la machine
Sur internet, l'annonce affiche la puissance de la machine. Mais une machine CNC ne travaille jamais seule. Autour d'elle, il y a souvent :
La pompe à vide, qui plaque le panneau sur la table aspirante pendant la découpe. Sur une grande machine à bois, elle peut consommer autant, voire plus, que la machine elle-même.
Le refroidisseur à eau, indispensable sur un laser CO2.
Le compresseur, qui envoie l'air pour la découpe laser ou plasma.
L'extracteur de fumées, pour évacuer la fumée et les poussières.
C'est le total qui compte. Et c'est là que les mauvaises surprises arrivent : le compteur ne suit pas, le disjoncteur saute au démarrage de la pompe, ou le groupe électrogène acheté « pour les coupures » est trop petit et fournit un courant instable qui abîme justement l'électronique qu'il devait protéger.
Un groupe électrogène, ce n'est pas gratuit non plus. À Dakar, une boulangerie a dépensé 30 000 FCFA de gasoil pour tenir une seule nuit de coupure. Il faut donc le choisir à la bonne taille, ni trop petit, ni trop grand.
Comme je l'expliquais dans l'article sur l'achat d'une machine CNC en ligne, la question de l'électricité se règle avant de commander, pas le jour de la livraison.
La solution existe, mais elle se prépare
La bonne nouvelle : on peut travailler sereinement même avec des coupures. Il existe deux protections principales.
La reprise après coupure. Beaucoup de contrôleurs (la partie électronique qui pilote la machine) peuvent mémoriser l'endroit exact où le travail s'est arrêté et reprendre à partir de là, sans recommencer la pièce. Mais cette fonction doit être activée, bien réglée, et il faut savoir comment l'utiliser au bon moment. Mal utilisée, elle peut aussi abîmer la pièce.
L'onduleur et le régulateur de tension. L'onduleur (une alimentation de secours à batterie) garde l'électronique allumée le temps de terminer ou d'arrêter proprement. Le régulateur de tension, lui, protège la machine contre les variations quand le courant revient. Encore faut-il savoir quels appareils brancher dessus, et à quelle puissance.
Chaque atelier est différent : la machine, les équipements autour, le compteur, le quartier. C'est un calcul qui se fait au cas par cas, avant l'achat. C'est exactement ce que nous faisons avec chaque client.
Conclusion
En Afrique, les coupures font partie du métier. On ne peut pas les empêcher, mais on peut éviter qu'elles coûtent une pièce, une journée ou une machine.
Chez HustlerMaker, nous ne vendons jamais une machine seule. Chaque projet comprend trois choses :
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Avant d'acheter, calculons ensemble la consommation réelle de votre atelier et la bonne protection contre les coupures.
La semaine prochaine : portes identiques, chaussures identiques. Pourquoi tant de produits se ressemblent au Sénégal.
Sources : Center for Global Development (Afrique subsaharienne, 2018) · EnQuête+ via Senego (Kaolack, septembre 2026) · Senego (déficit et pointe de consommation, SUTELEC) · Le360 Afrique (délestages 2023-2024) · Afrik.com (coupures par jour) · Senego (groupe électrogène) · Seneweb (retour à la normale).
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